sujet; ARANYSS #4 ► There is always another secret

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there is always another secret

I'm out on the edge and I'm screaming my name
Like a fool at the top of my lungs
Sometimes when I close my eyes I pretend I'm alright
But it's never enough
10 JUILLET 2002 ; #Aranyss 4
 

La migraine ne veut pas partir.
Pensivement, elle se masse la nuque, les doigts distraits traînent contre le pli du cou et de l'épaule où une marque s'étalait hier encore en robe purpurine. La trace laissée par Aramis est presque effacée désormais, estompée jusqu'à disparaître comme une peinture d'amour délavé par le temps. Mais l'horreur, elle, reste douloureusement intacte, exhibant ses couleurs vives et indécentes sur l'épaule meurtrie par Rookwood. Et contre la clavicule, le violet s'éclate en cinq doigts qui, cruels et impitoyables, l'avaient enchaînée aux douleurs et aux angoisses des interrogés.

Mécaniques, les gestes se font et l'empathe cache les vérités immondes qui hantent sa peau. L'hématome se fond, les traits tirés se défont. Un peu de rose se dissout sur le blanc de craie, comme un peu de vie sur un teint trop malade. Les mouvements sont lents, un peu maladroits. La prise de ses doigts se familiarise peu à l'aubépine. C'est toujours un peu étrange, dans sa main, de ne plus avoir l'acacia et la plume. Lorsqu'elle est allée déclarer la perte de son ancienne baguette aux registres du Ministère, elle a eu l'impression d'annoncer la disparition d'une vieille amie. Dans sa voix traînaient encore des espoirs stupides de retrouvailles inespérées. Maintenant, elle comprend la frustration de Draco. La magie accroche, parfois, comme avec une plume trop neuve et la sensation contre sa paume est tellement différente, loin de la chaleur réconfortante d'une vieille complicité.

Quand elle termine son office, Nyssandra a de nouveau des airs de banalité pour cacher son anormalité. Les traces ont disparu de nouveau, les pièces à conviction ont été subtilisées. D'un dernier coup de baguette, peut-être trop sec, elle détruit la dernière évidence ; les cheveux négligés et abîmés par le stress des derniers jours prennent leurs aises en ondulations paresseuses et des airs plus soyeux.

Et la vérité s'estompe en filigrane, sous un joli mensonge, rassurant et élégant.
Ne restent que la migraine en tempête de sable sur les ruines de son esprit et la baguette d'aubépine au brillant trop neuf.
(Merlin, qu'elle déteste cette baguette qui hurle au monde tous ses manques et ses conflits.)

Une dernière fois, ses mains tirent nerveusement sur la chemise, froissée des cauchemars et des insomnies de la nuit dernière. C'est le dernier vêtement d'Aramis où l'odeur citronnée traîne encore sur la trame du tissu. C'est la dernière chose qui lui rappelle l'amour au-delà des terreurs nocturnes en solitaire et des monstres tapis dans les ombres. Un ersatz de contact humain, un substitut de tendresse, le fantôme de sa chaleur contre sa peau.

Tant pis, décide-t-elle quand les faux plis s'empilent de nouveau sur le tissu précieux. L'idée de quitter cette chemise lui donne des envies d'enterrement sous couette et de noyades de sanglots incontrôlables.
De toute façon, elle n'a pas vraiment l'intention de croiser quelqu'un. Ni Gwen, ni Aramis, convalescents tous deux. (Elle veut juste les voir, s'assurer qu'ils respirent, déposer ses présents et repartir sans les déranger) (Elle ne les dérangera pas, elle ne s'attardera pas - elle veut juste voir leurs visages) Ni même leur mère qui, elle le sait bien, la déteste presque autant qu'Esther et ne la laisse jamais entrer dans la demeure que contrainte.

Alors elle transplane directement dans l'aile du manoir où logent Aramis et Gwen, non loin de l'escalier où Aramis l'a rattrapée, presque deux moins plus tôt. Instinctivement, sa main s'accroche à la rambarde quand elle manque de dévaler les marches, poussée par ses déséquilibres et le manque de précision dans sa magie. Derrière elle, un tableau solennel s'agite un peu, dérangé par l'arrivée soudaine de cette petite malpolie : « C'est encore cette fille qui est venue crier sur le fils de Madame ? ne doit-on pas prévenir Madame ? ». Mais Madame n'est pas là, Nyssandra s'en est assurée, rongeant son frein jusqu'à l'heure pile où sa propre mère tient salon chez les Ollivander.

Contre le parquet, on est loin des claquements de talon de sa dernière visite, c'est à peine si ses pas froissent le silence qui habite toujours les lieux. Mal à l'aise, ses bras se croisent contre sa poitrine et son sac tape contre sa hanche. Nyssandra n'a jamais aimé les demeures ataviques des vieilles familles, poussiéreuses d'un prestige étouffant et solennelles comme des cimetières d'ancêtres prestigieux. On n'y vit jamais vraiment bien, au final. Ce n'est pas pour rien qu'ils disent tous la demeure de mes ancêtres, et jamais chez moi.

Doucement, la porte menant à la chambre de Gwen est poussée et révèle un champ de bataille, une terre de désastres et d'objets brisés, dérangés, malmenés, bien loin du caractère soigneux de son amie. Serguei lui a dit que son amie a été prise en otage et grièvement blessée par un roux (un des Weasley, sûrement, bien que Nyssandra ignore lequel exactement). La sorcière se demande ce qui se passe dans le cœur de la Lestrange, l'incompréhension lui vrille le cœur et lui creuse les tripes. Mais, assommée par la potion avalée plus tôt, l'empathie ne répond à rien, sinon aux abonnés absents. Et Nyssandra ne peut que s'inquiéter sans comprendre, sans savoir. Sans pouvoir aider. Sa cadette semble dormir, c'est ce qu'elle pense du moins, avec juste ses pauvres yeux pour voir dans cette pénombre de fin de soirée. Alors, sans un bruit, elle s'approche du lit à pas précautionneux. (Elle ne va pas déranger Gwen, elle a juste besoin de la regarder respirer, de se persuader que sa pâleur n'est que temporaire) Et lorsqu'enfin elle est rassurée sur la santé de son amie, elle dépose une boîte pleine des mignardises préférés de la convalescente et un petit mot de bon rétablissement, timide et inquiet, avant de s'éclipser vers la chambre d'Aramis.

Aramis qui, lui, est bien réveillé par contre, quand elle passe la tête dans la chambre.

Le fauve se perd dans le bleu, déstabilisé un instant de le trouver éveillé, dérangé dans une lecture par son arrivée. L'instant s'étire, s'étale dans un silence devenu soudainement angoissant sans empathie pour le lire, pour le voir et le deviner. Sans rien pour esquisser ses sentiments. « Je, excuse-moi. Je ne voulais pas .. déranger. » Glisse-t-elle, dans un murmure précipité, la main encore serrée contre la poignée de la porte. L'hésitation retient ses pas sur le seuil de la chambre. Elle n'est pas certaine d'être désirée ici, elle n'a pas vraiment envie de rester, de risquer l'aveu de faiblesse sous ses yeux trop clairvoyants. (Mais par tous les enchanteurs, elle n'a pas envie de partir non plus) « J'avais juste besoin de te voir. » Elle a un peu espéré le sentir, le caresser du cœur. Stupidement. Comme si l'amour changeait les lois de la Magie. Elle a sans doute trop écouté les histoires romantiques d'Eris, ça a désaxé sa logique. « Et de te déposer ça. » Rapidement, elle s'avance jusqu'au chevet et une boîte senteur fruits rouges est tirée de son sac. Ce sont ses préférées. Depuis qu'ils sont en couple, elle prend toujours soin d'en avoir chez elle. (non, elle ne les prépare pas, mais elle les achète chez le meilleur pâtissier de Londres rien que pour lui) « Tu vas mieux ? » Souffle-t-elle du bout de la langue, rêvant d'un peu d'affection contre les lèvres bien aimées sans oser faire, sans oser dire.

Il est juste en face d'elle. Et jamais elle n'a eu l'impression de l'avoir si loin d'elle.
Ils sont ensemble. Ensemble. Et jamais elle n'a eu l'impression d'être si seule.
Ca la tue un peu de ne pas pouvoir le sentir.

« J'ai eu peur pour toi ... » Avoue-t-elle, les doigts serrés contre l'ourlet de la chemise.

Elle a encore peur.


Dernière édition par Nyssandra Ollivander le Dim 11 Oct 2015 - 3:07, édité 6 fois
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I don't feel like myself
I been waiting to go
(play)

Cassé, de la gueule au cœur, tu restes une pièce cassée, ébréchée. Tes souffrances couturent encore ton corps, t'endorment dans un manque de confiance, dans une cruelle méfiance. Tu glisses encore dans la mer froide de tes inconsciences. Tu t'effrites dans tes malheurs, dans tes erreurs. Et les hurlements de ta mère enflent, se répandent. Elle l'accuse, elle le condamne. « C'est de sa faute, si tu es blessé. Tu vois que j'ai raison, poussin. », tu en as assez, tu es lassé. Tu es le seul à avoir échoué. Tu es le seul à les avoir laisser tomber une à une. Et ton cœur tombe dans ton ventre, véritable enclume. Et l'écume salée, pressée roule sur les rivages de ton âme, caressant tous les ravages & les mauvais présages. « Tu ne dois pas lui faire confiance. », siffle-t-elle. « Il t'éloigne de moi. », murmures apocalyptique dans ses folies mélancoliques. Tes yeux décochent la froideur, le manque de chaleur. « Dégage. Et ferme la porte, Maman. », craches-tu entre colère glacial & bêtise animale. Le mot affectif devient coup de poing, coup de grâce de tes rages cruelles, éternelles. Tu détruis, tu bannis.  Tu te fais fureur la rouant de ses vieilles horreurs, de ses beaux malheurs. « Et fais quelque chose pour Gwen, pour une fois », assènes-tu, enfant critique, enfant faisant son cirque, tu refuses de la comprendre, de l'apprendre. Tu frôles l'étouffement lorsqu'elle ose te toucher, espérer. Tu rejettes les baisers, les égards, les regards. Et elle fuit, s'enfuit, l'amour est blessé, passager, déjà éventré.

Ce n'est plus vraiment ta mère.
Tu l'as déjà tué & enterré.

Un soupir s'extirpe de ta poitrine douloureuse, orageuse. Ça fera encore mal. Tu entends encore la sombre litanie. Tu entends encore la souffrance te frapper, te garder. Tu as eu peur de mourir, de t'endormir. Tu as eu peur de ne plus voir son visage, qu'elle ne soit qu'un mirage. Tu froisses encore le pli de la lettre, l'écriture tremblotte. L'écriture n'est pas cette Nyss aimée, adorée, elle ne laisse qu'un désespoir qui te broie dans le noir. Philibert pose sa tête sur ton ventre, en soupirant, soulagé, calmé. Il a griffé la porte, il l'a senti le danger, sur le fil du rasoir.  Ta main s'égare sur les poils, le torse reste nu, complètement dévêtu. Il grogne, fermant les yeux, plongeant sa truffe contre ta peau, loin des maux. Des cicatrices courent, profondes entailles, trop grandes failles. Et dans la douceur, dans la langueur de ses journées imposées, damnés, les pages se tournent, te détournent. Les lunettes sont fixées sur le bord de ton nez, l'histoire t'a condamné à ton lit, enchaîné à tes envies. Tu as bien essayé, insisté. Ton corps n'est pas assez fort, il se tord, infectant tes faiblesses, frustrant ton envie de caresses, de tendresses. Tu ne peux pas aller la voir. Tu ne peux que grignoter le noir, les espoirs, les désespoirs. C'est ainsi. C'est toujours ainsi.

La porte s'ouvre lentement.
Ton cœur loupe un battement.

Soudain, tu as peur de rêver, d'espérer. Les yeux clairs s'agrandissent, s'avachissent dans les ombres majestueuses, trompeuses. « Nyss. », ta voix déraille, courant sous les entailles, balayant les détails. La faiblesse se fait sentir, ressentir. Où est ta force ? Weasley te l'a volé. Comme il t'a dérobé ta sœur, glaçant tes anciennes peurs. Tu veux te lever, la gagner, écraser ton torse contre elle. Tu veux fuir dans cette  odeur de fruit rouge & dans sa chevelure brune. Tu veux la sentir contre toi, briser toutes les lois. C'est bien elle. Ce n'est pas cette triste fièvre amère qui t'embrasse, t'embrase. Le silence sonne l'indifférence, la fin de l'innocence, votre innocence. Il s'étire, tire à bout portant. Il a des goûts d'abandons & de questions. Comme quand tu pleurais, l'appelais. Comme quand tu avais peur du noir.  Est-ce déjà fini, interdit ? « Je, excuse-moi. Je ne voulais pas .. déranger. », la langue se fait pâteuse, piteuse, lourde de ses  passions incendiaires, solaires. Elle n'a jamais déranger. Elle n'a jamais cesser d'être un peu de ton cœur, un peu de tes erreurs. Tu n'as pas su la retenir, la saisir. Tu n'as pas su résister, ne pas l'abandonner. Ta main se déplace, embrasse ton visage & tes yeux fatigués, assassinés par la courbe des événements. « C'est bien toi ?, croasses-tu de cette voix d'oisillon tombé du nid. Je ne rêve pas ? ». Tu te mets à confondre les réalités & les fictions éternelles, cruelles. Les illusions mordent, débordent & tu divagues un peu trop, un peu facilement, tellement brutalement.  Tu as encore rêvé d'elle. Tu as si souvent rêvé d'elle.

Un peu brisée, tellement abîmée, tu observes ses doigts serrer, enrouler à la poignée. Tu veux qu'elle vienne à toi. Tu n'as pas peur qu'elle te retienne. Tes yeux pressent, caressent & tu t'émerveilles. « J'avais juste besoin de te voir. » « Tu n'es pas assez proche. », le murmure combe les distances de ton insistance. Tu veux plus d'elle. Tellement plus. Tu te redresses, faisant gémir le lit, tu t'appuies contre l'oreiller, en essayant de ne pas grimacer, de ne pas l'effrayer. « Et de te déposer ça. » , elle s'avance, tu t'échauffes, te réchauffes. La boite est tirée, et les odeurs embaument ton cœur. Merlin, elle a toujours su te toucher, te charmer. Ses attentions te déchirent, fouillent, s'enroulent avec délicatesse, tendresse. Tu te souviens de vos mains entremêlés, de l'amour pressé, gagné, consumé, consommé. Tu l'as supplié de ne pas t'abandonner. « Merci. », pourtant tes yeux refusent de la quitter, de se détacher. Tu as peur de la fuite, des horribles pertes. Tu as peur de la perdre. Il y a quelque chose de changé, d'anormal, de peu banal. Une bouffée d'air ; Où est ta Nyssandra? La poupée s'est cassé, brisée & tu vois sous la porcelaines toutes les fêlures, toutes les blessures. Que lui ont-ils faits ?

Et dans un frisson, tu sais.
Tu n'as jamais été assez bon.

« Tu vas mieux ? » , la question te fait tiquer, vaciller. Tu ne vas pas vraiment bien. Ton corps se rebelle, ne cesse de devenir un étranger. La pulpe de tes lèvres s'emprisonne. Tu t'empoisonnes. Tu as peur de ne plus te ressentir, te sentir. Tu as peur de ne plus être le même. « Je ne sais pas. », tu ne lui mens pas. Tu ne veux plus lui mentir, ni la trahir. Tu ne veux pas la salir de cette peur sucrée, déjà passée. Tu ne sais pas & au fond, c'est tout le problème. Et elle se dresse, elle reste debout, elle reste loin de toi, loin de tes bras. « Viens. », souffles-tu, encore. Tu veux goûter à sa chaleur, anéantir la froideur. Tu ne veux plus être seul. « Viens. », en douceur, ta main attrape, embrasse la peau douce. Elle sent bon l'amour, elle est là, sous les velours. Tu observes la chemise un peu trop grande, un peu trop imposante. Tu l'as laissé t'échapper lors d'un autre de ses baisers, dans les secrets de ses caresses. Tu l'as abandonner. « Toi ? », murmure entre vous deux. Tu ne sais pas ses blessures, tu n'en devines pas l'étendu.

Tu ne sais pas comme il l'a brisé.
Tu ne sais pas comme il va la tuer.
Il va sûrement te l'enlever, te la retirer.
A chaque fois un peu plus fort, un peu trop fort.
Et pourtant ça picore, ça te dévore. Tu sais, au fond. La voyance se fait animal de savoir, miroir de tes désespoirs. Au fond, tu sais dans un autre baiser sur ses doigts. Tu veux la toucher, tu veux juste l'aimer. « Viens contre moi. ». Pour que je puisse te sentir, te ressentir. Pour ne plus jamais avoir peur du noir. Elle est là, elle est toujours là. Ensemble, les maux t'écorchent, s'accrochent signant les derniers ravages, les terribles batailles. « J'ai eu peur pour toi ... » , tes yeux caressent les siens. Bleu sur fauve bougent, s'apprivoisent, s'entrecroisent. « N'aie pas peur, je suis là. », la pénombre de la chambre ne laisse entrevoir que le frémissement de tes lèvres. Vous avez renoncés à tellement de rêves. Boule de chagrin, bulle d'incertitudes, ils ont mis fin à la trêve.  Tu ne diras pas que, toi aussi, tu as eu peur. Tu repenses au plancher du salon de Snape, dur contre ton dos, dur comme tous les maux, la toux sanguinolente qui te prenait, t'achevait. Un frisson, tu la tires à toi, la fait sombrer contre le lit, faisant fuir le chien plus loin. « Je me suis plus inquiété pour toi. ». Tellement plus. Ton nez s'enfuit dans la chevelure brune. Le parfum des fruits rouges se déploie, te noie. Tu te penses un peu plus en sécurité. Tu ne l'as pas entendu crier, t’appeler. Tu n'es qu'un raté, bon à tout échouer. Tu n'as rien vu, rien su. « Tu avais ton porteloin ? », un soupire contre ses lèvres. T'y crois encore. Jusqu'à la mort.

Sombre con.

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10 JUILLET 2002 ; #Aranyss 4


« Nyss. »

Le surnom l'accroche, la retient.
Mais elle ne sait pas quoi répondre. Elle ne sait pas comment réagir à la faiblesse qui l'étreint, qui embrasse les basses de sa voix, s'exhibe sur la peau mate. Aramis a toujours eu son histoire gravée à même la peau, les souvenirs logés entre les imperceptibles imperfections et les invisibles déchirures. Elle sait que sur la tempe, il a cette ligne minuscule aux airs de virgule, tracée par l'impact d'une pièce d'échecs qu'elle lui a jetée au visage, la veille de sa soirée de fiançailles. Elle sait que sur l'intérieur du bras s'est installé le souvenir d'un jeu malheureux de leur enfance, écorchure d'un quotidien banal. Sa peau est une carte qu'elle ne se lasse jamais d'examiner du bout des doigts pour en retracer les histoires, des lèvres pour en épouser les déboires. Nyssandra aime les cicatrices d'Aramis  (elle aime tout ce qui fait d'Aramis, Aramis). Pas parce qu'elles témoignent d'exploits, de gloire et de devoirs accomplis. Mais parce qu'elles le montrent plus humain, plus imparfait. Un peu plus à la portée de la sorcière banale qu'elle est.
Mais là ...

Là, c'est différent.
Les blessures trop fraîches tracent une réalité qui ne lui plaît pas, une vulnérabilité nouvelle qui ne sied pas à l'homme qu'elle connait. Les cicatrices trop rouges esquissent les courbes des crevasses et des ravins dans lesquels il a manqué de sombrer, les pansements forment des ponts de fortune sur les gouffres qu'il a tutoyés de trop près, enferment les ombres qui ont failli l'avaler.

Il est fragile. (pas simplement égratigné, mais fissuré, érodé)
Il n'est pas invincible. (mais humain, vulnérable).
On peut le lui voler.

Alors elle ne peut pas l'accabler d'un poids de plus. Elle ne peut rien dire de peur d'agrandir les failles et les entailles. Elle ne doit rien trahir de crainte qu'il se brise plus encore (et elle le connait, elle le connait trop bien : en amour, il en fait toujours trop). Elle peut bien se débrouiller seule, n'est-ce pas ? Elle l'a déjà fait, elle l'a toujours fait. (Et ce n'est pas si terrible que ça) Oui, voilà. Elle exagère encore, elle dramatise : sa situation n'est pas si difficile que ça. (Ce serait tellement pire s'il n'était plus là - Merlin, elle en crèverait, c'est certain).

Elle ne doit pas le déranger.
Alors la petite brune s'excuse, maladroite et incertaine. Ballerine figée sur le fil, elle est incapable de savoir si elle doit avancer ou reculer. Effrayée de se faire gober par le vide sous ses pieds.

« C'est bien toi ? » Et Nyssandra hoche la tête, incapable de dire oui ou c'est moi. Incapable de mentir. Les mots se bloquent dans sa gorge pour y étouffer, les mensonges échouent tout assassinés sur sa langue. Alors elle acquiesce, en silence. Oui, c'est elle (mais elle ne sait pas vraiment, plus vraiment ce qu'elle est encore). « Je ne rêve pas ? » La tête est secouée. Non, il ne rêve pas, mais elle est certaine de cauchemarder en revanche. Elle veut se réveiller, que rien ne se soit passé. Elle préfère encore revenir au temps des silences menteurs et des affrontements tueurs si on veut bien tout faire cesser. Qu'Aramis ne soit pas blessé, que ses amis ne soient que rires et joie. Qu'elle n'ait plus peur d'elle-même.

« Tu n'es pas assez proche. » Une épaule se hausse avec incertitude. Elle ne veut pas le déranger. Elle est déjà trop proche avec ses mains sales. Tellement sales, trop sales. S'il l'apprend ... s'il voit, elle ne se pardonnera jamais. La pensée crispe nerveusement ses doigts contre le tissu de la chemise, enfonce les ongles dans la chair tendre de la main. Juste un peu. Elle peut s'approcher encore un peu, non ? Il suffit d'éviter les contacts, de faire comme elle n'avait pas des fourmis de tendresses rassurantes qui lui mordent les doigts. D'ignorer que, contre ses nerfs, se pressent des pulsions d'étreintes protectrices. Elle peut s'acheter quelques mètres de moins, un peu plus de chaleur à ce prix, non ? Alors, à pas nerveux et raides, Nyssandra s'approche et dépose le cadeau sur le chevet, prenant garde à ne pas déranger les grimoires qui s'y empilent. « Merci. » « Ce n'est pas grand chose ... » L'aveu court dans un souffle désolé et imprime une moue dépitée sur son visage. Elle aurait dû venir plus tôt, plus vite. Elle aurait dû venir avec autre chose que des pâtisseries. Et brusquement, l'odeur de framboises la répugne et la dégoûte, faisant remonter une bile amère dans sa gorge. Elle se sent tellement inutile, tellement puérile. Elle ne peut même plus partager son fardeau, elle ne peut même plus le sentir. Elle ne peut rien pour lui.

(Elle ne fait rien comme il faut)
(Elle n'est pas ce qu'il lui faut)

Alors elle lui demande, bien obligée de tâtonner dans le vide, à la recherche d'indices. « Je ne sais pas. » La lèvre est mordue quand l'inquiétude égoïste enfle et gronde, encouragée par l'aveu de faiblesse à peine soufflé. Il ne sait pas et ses incertitudes s'additionnent aux siennes, se démultiplient dans son cœur. « Je te remercie pour Gwen, sincèrement. Mais, s'il te plaît, fais attention à toi aussi, d'accord ? » La demande se perd dans un murmure, dans un regard fuyant, dans un peu de rouge sur les joues. « Et je reste ... là. Si tu veux. » Elle ne précise pas jusqu'à quand, ni pour combien de temps. Elle sous-entend que c'est pour toujours. Jusqu'à la fin des temps - elle ne dit pas que c'est seulement jusqu'à ce qu'elle fasse son temps. Parce qu'elle a besoin qu'il aille mieux. Il est un peu d'elle, un morceau de son être. Il est la partie qu'elle aime le plus, celle qu'elle chérit. Rien peut tourner rond s'il n'est pas là pour être le centre de son monde. « Viens. » La jeune femme se fige, hésitante face à l'invitation. (Tu as promis de ne pas prendre plus, de ne pas risquer plus - pour une fois dans ta vie, tiens une promesse) « Viens. » Un sursaut l'agite quand les doigts s'enroulent autour de son poignet. Et pendant l'espace d'un instant aussi bref qu'un coup de tonnerre, l'anxiété la tétanise, le souffle se suspend et le cœur s'explose contre les côtes.

(Pas de vision, pas de vision, s'il vous plaît, pas de vision)
(Il ne doit pas savoir - s'il vous plaît, laissez-le moi)

Mais rien ne vient, les muscles se détendent alors que l'Ollivander lui abandonne son bras, s'abandonne au contact, à la caresse. Et, de nouveau, le fourmillement revient embrasser la paume, revient grignoter ses nerfs. Elle aussi veut le toucher. Le sentir sous ses doigts, s'assurer qu'il est bien là. « Toi ? » Les doigts se recroquevillent contre la paume pour ne pas céder. (Ca devrait de suffire, non ?) Mais Nyssandra n'a jamais su s'arrêter avec lui, jamais pu se contenter de ce qu'elle avait quand il s'agissait de lui. « Ca va, j'ai juste perdu ma baguette, et elle tire du sac sa nouvelle compagne comme si ce n'était pas grand chose, un dommage collatéral bien vite réparé : Je me suis surtout inquiétée pour vous trois. » Elle lui peint une demi-vérité, effaçant du décor les brisures et les fissures qui couturent son esprit, les ruines et les gravas de barrières. Elle offre une moitié d'aveu, estompant les pleurs et les peurs, cachant les monstres sous le lit et les ombres dans le placard. Elle se persuade que c'est pour son bien à lui, qu'elle n'a pas d'autre choix. Mais ça aussi, c'est seulement à moitié vrai. C'est surtout qu'elle préfère subir sa colère et sa déception que de subir sa perte. « Viens contre moi. » Dans le brun de ses yeux, brille le besoin de se rapprocher, de combler les distances. Aramis est loin, trop loin, tellement hors de portée qu'elle en est malade sous les sorts de glamour. A demi-mots, l'Ollivander admet la détresse, elle avoue la faiblesse. Elle a eu peur. « N'aie pas peur, je suis là. » Bien sûr qu'elle a peur. Il est là aujourd'hui, mais demain ? Alité, il est éclaté de douleurs, lézardé d'horreurs. Merlin, qui sait quand est-ce qu'il va se briser ? Elle craint presque qu'il ne se brise entre ses bras. « Je- non, je vais te faire mal. Tes blessures. »

Et ses mains sales.
Elle va l'infecter, le gangréner ...

« Aramis ! » Le cri de protestation vient s'écraser contre le torse, bientôt rejoint par le visage. Les yeux se ferment, le brun s'éclipse sous les paupières et le souffle s'approfondit, les poumons s'emplissent de son odeur. Le citron l'enveloppe, guérit un peu les blessures, éloigne les fantômes. « Je me suis plus inquiété pour toi. » Égoïstement, l'aveu la réchauffe, la console. Elle s'est sentie tellement seule là-bas. Bouffée par la colère, elle les a détesté de ne pas se souvenir d'elle. Étouffée par le désespoir, elle a supplié pour qu'on vienne la sauver. Étranglée d'impuissance, elle a cru mourir dans les langueurs glacées de la solitude, écrasée par le poids de milliers d'émotions étrangères, et ça lui a fait peur. Jusqu'à ce qu'un russe vienne la sortir des enfers, qu'il dise venir la ramener chez elle pour Aramis. « Je sais, ton ami russe me l'a dit quand il est venu me chercher. » Aramis l'a un peu sauvée au fond. Il ne l'a pas oubliée. « Mais je n'ai rien. » A contrecœur, son corps s'arrache à l'étreinte, à la chaleur. Assise sur le lit, à ses côtés, le poignet se libère doucement pour permettre aux doigts de s'entrelacer, aux paumes de s'embrasser. Contre sa peau court un frisson de terreur à nouveau, mais elle se force à l'ignorer comme elle s'oblige à tisser l'expression du réconfort sur son visage, à courber un sourire sur ses lèvres. « Regarde, je n'ai rien. » Rien qui soit visible, rien qu'elle ne puisse montrer, pas même à lui qui connait ses pires laideurs. Alors elle va tout enfermer dans un boîte de Pandore, tout sceller loin de lui. Que ça ne l'affecte pas. Que ça ne ronge pas ses failles. Elle peut se débrouiller seule, elle l'a toujours fait. Et elle a trop besoin de lui pour le risquer. « Tu avais ton portoloin ? » Elle acquiesce, fait oui de la tête en espérant qu'Eris ne dira rien à personne. Ne racontera pas ce qu'elle a vu. « J'étais loin quand tout a dérapé. » Quand Eris et Sue ont été prises en otage. Quand Draco s'est brisé. Quand Gwen a été blessée. Quand Aramis s'est sacrifié. Quand leur monde s'est effondré.

« Tout va aller mieux. » Promet-t-elle (et peut-être que si elle le répète assez souvent, alors ça deviendra leur nouvelle réalité). Avant qu'elle ne le réalise, sa main libre s'est glissée dans les boucles brunes adorées, et les doigts courent contre l'arrière du crâne en une caresse aimante qui va s'échouer dans le creux de la nuque. « Je t'aime tellement. » Les dents assassinent les lèvres, mais c'est trop tard, les mots se sont échappés, volés. Dans son silence choqué, Nyssandra les entend encore qui hantent la chambre, qui s'attardent entre les demi-ombres. Les mots nouveaux devraient l'enchanter, mais la peur la glace, et même les sorts ne cachent pas son pâlissement brutal. (Tu n'en as jamais assez, pas vrai ? Tu jures toujours mais tu ne respectes jamais ta parole) Merlin, elle vient de tout empirer. Elle le sait. « Je-je - Est-ce que tu as besoin de quelque chose ? demande-t-elle, voulant changer de sujet - faire comme si rien n'avait été dit, rien n'avait été avoué pour la première fois : Les tartelettes. Est-ce que tu en veux ? Avec du thé ? Et une partie d'échecs ? » Déjà la main s'échappe, le corps aux attaches fines se relève quand elle s'affaire à aller chercher elle-même le plateau de jeux posé sur un coin de bureau.


Dernière édition par Nyssandra Ollivander le Dim 11 Oct 2015 - 3:08, édité 1 fois
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(play)

Ton cœur s'écrase, éclate. Les morceaux se font lambeaux. Entre la raison & la fiction, il n'y a qu'un pas. Il n'y a qu'elle. Les gestes, la tendresse, tu as tellement cherché ses caresses. Fuyants se font les mouvements. Brutaux, tes tremblements t'ont tant coûté, subtilisé. Éventré, ton cœur s'expose, implose. De la gueule à l'âme, les masques tombent dans les attentats de tes drames, de tes larmes. Des heures à la rêver, tu l'as tant froisser dans les draps, au creux de tes bras. Il ne reste que la misère, la poussière. Ne m'abandonne pas , ton corps s'est arqué dans la fièvre, sous ses lèvres. Nyssandra, et tu cherches sa main dans les nuages, tu espères un mirage, encore & encore. Ne me laisse pas, t'entends-tu clamer, déclamer. Est-ce que ça va aller cette fois ? Est-ce qu'elle ne va pas t'abandonner ? As-tu encore rêvé ?

Les cheveux clairs s'échappent d'entre tes doigts. Elle fait « oui », elle est réelle, elle est éternelle. La peau vibre d'une chaleur nouvelle. Et elle danse sur tous les accords de ton cœur. Elle danse en envoyant valser tes erreurs, tes rancœurs.  Et elle n'est pas assez proche, elle n'est jamais assez proche. Tu veux l'accrocher à tes bras, la glisser encore une fois sous les draps. Ne me quitte plus, pas comme cette fois, où elle a simplement vacillé sur un autre continent, sur un autre temps. Où elle t'a encore laissé, abandonné. Ne pars plus, susurre la fièvre dans un besoin de proximité, d'éternité. Tu n'es pas de ceux à signer des fausses promesses. Tu n'es pas de ces hommes à déclamer les tendresses quand il n'y a que la maladresse & la détresse. Tu ne dis pas « je t'aime » pour cacher les vieilles haines.

Même si tu restes un peu brutal, animal.
Même si entre vous, c'est un peu bancal, pas vraiment banal.
Les cendres s'agitent encore dans les amertumes, dans les écumes de vos trop vieilles rancunes. Les blessures courent encore, recroquevillées, agenouillées devant l'amour, le manque d'amour. Et les absences se meurent sous sa présence. Tu balayes, rayes ce gamin qui l'appelle encore, les yeux embrumés de larmes, le cœur cassé sous les drames. Il a tant perdu. L'enfance se dilue dans l'innocence avortée, brisée. La froideur a taillée les armures, les murs. Et elle n'a jamais voulu écouter. Elle l'a toujours attraper ce cœur abîmé, bousillé. Elle rappelle cette fuyante, tranquillisante humanité. Tu as tant perdu. Tu l'as perdu. Tu ne veux pas, tu ne veux plus.

« Ce n'est pas grand chose ... ». Et c'est déjà beaucoup plus, beaucoup trop.

D'elle à toi, il n'y a qu'un pas, que l'ombre d'une étreinte. La saleté court dans la magie noir, dans tes désespoirs. « J'ai cru ... ». Que tu m'avais oublié, laissé. Et c'est toi qui a encore tout foiré. C'est toi qu'il l'a laissé. Toi. Toi. Toi. Et Nyss s'en veut & ça creuse des creux, des silencieux aveux. « Ne t'en veux pas. Tu avais autre chose à faire. ». Et tu sais bien que tu n'es pas assez méritant, assez prenant pour l'arracher à tout, à son existence. En toi, il ne reste pas vraiment, pas tellement de confiance. « Tu n'avais pas à te priver pour moi. ». Tu n'as pas à exister pour moi. Au fond, ce n'est pas de sa faute, si ton monde s'arrête pour un souffle, un baiser. Au fond, tu n'as jamais eu d'yeux que pour elle.

La lèvre est mordue, l'inquiétude la trahit, la salit. Tu vas bien, tout va bien. « Je te remercie pour Gwen, sincèrement. Mais, s'il te plaît, fais attention à toi aussi, d'accord ? », les yeux clignent & la tête s'incline. Tu n'as rien fait. Elle aussi, tu l'as abandonné.  Et tu ne vois pas ses yeux fauves fuir, s'enfuir. Tu ne vois pas ce rouge assassin, divin lui colorer la peau, mettre des mots entre  vous.  Tu n'as rien fait, tu l'as à peine sauver, à peine protéger. Ce n'est pas assez.  « Et je reste ... là. Si tu veux. » , les mots dévoilent les courbes d'une promesse, d'une caresse.  Et dans un sursaut, tu veux plus, tellement plus. Le monstre d'avidité sort les crocs, dérape dans tes entrailles, te fait dérailler, tanguer. Tu peux, non ? Non. Au fond, tu dois la dégoûter. Tu as tellement, tellement, tellement tuer, écraser de ce masque froid. Sans-Visage, tu as tracé les carnages, les ravages. Les corps ont perdus la vie, les nuits coulent noirs & sans appétits, pétrifiées dans tes dénis. Peut-elle t'aimer encore un peu ? Rien qu'un peu.

« Tu n'as pas à me remercier, j'ai échoué. », la langue claque, le cœur craque. Echec, le mot est gravé sur ta peau, il signe tous les maux. « Je ferais gaffe, si tu fais gaffe. Tu me promets ? ». Et tu remues le couteau dans la plaie. « Reste. ». Pour toujours. Jusqu'à la fin des jours. Jusqu'à ce qu'il n'y ait plus assez d'amour à grignoter, à dévorer, reste. Dans une supplique, dans une pensée, pour les instants volés, dérobés, « Reste. ».

Et les doigts s'enroulent, & tu veux tout, tu prends tout. Les caresses se font démons de promesses, de déchirantes ivresses. Les contacts, par habitude, sont devenus des peurs, des horreurs. Tu les fuis, tu t'enfuis. Rares sont ceux qui peuvent s'approcher, s'accrocher. Les appétits de délicatesse te sont étrangers, peu familiers. Et pourtant, tu n'as jamais eu plus soif de sa peau que dans ses instants, dans ses moments. Tu ne sais que communiquer à coups de baisers, de désirs assouvi, guéris. Tu ne sais que prouver tes sentiments dans les oreillers, dans les guerres d'amour & de velours.  Là où les corps s'entrecroisent, il y a tout ce que tu ne sais pas dire. Là où ton cœur s'envole, vole, il y a ce que tu connais par cœur.

Elle n'ose pas te toucher. Et tu sais que tu n'es que saleté.  « Ca va, j'ai juste perdu ma baguette, d'un « Ah ? », tu interroges, interloqué, un peu bouleversé. Tes yeux clairs se perdent un instant sur le morceau de bois.  Je me suis surtout inquiétée pour vous trois.» . Ta langue assassine, agile. Tout va bien, tout ira bien. Peut-être qu'avec un peu plus de force, il suffira d'y croire pour ne rien voir. Peut-être. « Tu ne devrais pas. Je-On va bien. », c'est stupide, c'est trop froid, ce n'est pas vraiment toi. Toi qui a murmuré son prénom dans les brumes du cauchemar, trop préoccupé par son regard. Toi qui n'a pas voulu voir, tu étais dévoré par le désespoir. « Je vais mieux. », murmures-tu, l'attrapant dans un baiser au creux de son poignet. « Tout ira bientôt mieux. », il suffit de ne pas mettre du sel sur vos blessures, ne pas trop gratter sur les dorures.

« Je- non, je vais te faire mal. Tes blessures. », tu fais non de la tête. Tu n'auras pas mal, tu n'as jamais mal. Comment pourrait-elle te faire mal ? La réponse fuse, diffuse ; En t'abandonnant, en te laissant, en t'oubliant. La peur se fait cruelle, réelle. Et elle dérape sous tes gestes. Egoiste, tu ne sais pas attendre, patienter, renoncer. Tu ne sais que la pousser à toi, s'étouffer dans les battements de ton cœur. Un « Aramis ! » se brise en mille morceaux, en mille lambeaux dans ta peau. « Là. », elle est à toi, rien qu'à toi. Tes doigts la serrent, l'enserrent un peu plus à toi. « Je sais, ton ami russe me l'a dit quand il est venu me chercher.» , Serg a toujours eu dans ses bras des sauvetages, des naufrages. Il n'y a pas eu de regrets. Les yeux fermés, tu lui as confié des vies, des promesses infinis. Dans la patience froide, dans le calme sibérien, les cheveux blonds te rappellent les puissances des allégeances, des indifférences. « Que t'a-t-il dit d'autres ? ». L'évidence te frappe, dérape, brûlant ta peau, incendiant tes maux, tu as supplié, tu as rêvé. Combien de secrets se sont égrainés le long des lèvres du russe ? « Mais je n'ai rien. » , jure-t-elle, promet-elle, et elle se redresse, alors que tu te renverses, alors que ça te bouleverse. Les doigts s'emmêlent, s'entremêlent & elle vient courir en baisers, en sourire. « Regarde, je n'ai rien. », affirme-t-elle, exige-t-elle. Et tu veux bien croire, tu veux bien ne rien voir. Difficilement, tu te redresses & paresses le long d'une caresse contre son buste.  « Je veux juste voir. ». Parce que tu ne lui fais jamais vraiment confiance. Parce que tu n'es pas indifférent, jamais différent. Et en douceur, les mains courent sur les bras. C'est tout en caresses, en promesses pour la réchauffer, l'aimer. La douceur ne découvre pas les bleus, les peurs familières, passagères.

Elle fait « oui », balayant les doutes, les questions, les hésitations. Tout va bien, elle était loin. Et pourtant quelque chose ne va pas, quelque chose cloche. Les peurs roulent, s'enroulent. Ça s'étouffe, ça  t'étouffe. Elle ment, elle te ment. « Je croyais que Serguei est venu te chercher. », tranquille, l'accusation s’immisce, glisse. Les yeux cherchent la culpabilité, le faux pas. « Tu peux m'expliquer ? », murmures-tu, en faisant craquer le lit pour l'embrasser tendrement, doucement.

« Tout va aller mieux. » , promet-elle, souffle-t-elle. « Oui. », toi aussi, tu as besoin d'y croire, tu as besoin de ne rien voir. Vous verrez plus tard pour les malheurs, les horreurs. Vous verrez le miroir dans quelques jours, semaines, mois, pas avant, pas maintenant. Tu as juste besoin de sa chaleur, de son odeur. « Je suis soulagé que tu ailles bien. », au fond, elle ne va pas bien. Au fond, aucun de vous ne va bien. Il n'y a plus qu'à mettre des fards sur les idées pâles. Les boucles s'ébouriffent sous ses doigts. Ils coulent sur ta nuque, sous les tendresses, les caresses. « Je t'aime tellement. » , et ça s'enroule dans tes entrailles, ça court sous les entailles. Les mots te griffent, sifflent à tes oreilles. Je t'aime, comme un coup de poignard, comme un cruel regard, un dernier égard. Elle t'aime & tu ne sais pas quoi faire. La panique filtre, s'infiltre. Tu n'as pas appris à réagir, tu ne sais pas te trahir. « Nyss …  Je-je - Est-ce que tu as besoin de quelque chose ? De toi, juste de toi, tu ne veux pas la voir s'enfuir, te fuir. Ce n'est rien, juste quelques mots, juste quelques maux. Les sentiments enlacent ton cœur, clouent les erreurs. Toi aussi, tu l'aimes.  Les tartelettes. Est-ce que tu en veux ? Avec du thé ? Et une partie d'échecs ? » . Et déjà, elle file, se défile. Déjà, elle court loin de ton âme.

Tu ne peux pas la laisser, l'abandonner. Et dans le froissement des draps, tu te dresses, te redresses, dévoilant la peau marquée, les maux déjà oubliés. Le sang a coulé, tu as payé ta cruauté. Les reliefs de ton épiderme libèrent les hésitations, les pulsions. Il y a la souffrance, il y a les errances. « Nyssandra. », appelles-tu alors qu'elle glisse ses doigts sur le plateau de jeu, alors que le pantalon de pyjama tombe sur tes hanches, libérant une ligne de poil sombre. Sensualité & brutalité se font écho, se font la peau.  Tu tangues un peu, l'équilibre est fragile, futile. Tu vas sombrer, t'éclater. Et tu refuses la raison, épousant la passion. D'un corps à corps, tu veux bien être plus fort que la mort, mais pas sans elle. Tu veux bien succomber à la folie, passer ta vie enchaîner à des cruautés, mais pas sans elle. Le cœur dérape, tombant dans les affres de tes ténèbres. « Lâche ce plateau. » , l'autorité déborde sur la sévérité, le tireur prend le pas sur les antiques frayeurs. Au fond, tu as toujours préféré qu'on te saigne plutôt que de dire « je t'aime ».

Ne ressens rien, est la première règle de ce jeu un peu cruel, tellement artificiel. Tu avais promis, juré, tatoué tes serments, ton manque de sentiment. Prince des glaces, ton royaume n'est que fantasmes brisés, avortés. Prince des riens & des touts, tu n'as, au final, que voulu lui plaire. Pour elle, le masque s'est fendillé, arraché. Pour elle, il n'y a eu que les volcans dans les peurs liquides, indélébiles. « Regarde-moi. », la voix se brise. Elle est la seule à pouvoir te percer, t'approcher. Il ne reste que l'amour au milieu des silences, des fausses indifférences. Les portes sont blindées, elle ne s'en est pas offusquée, elle a gratté. Elle t'a atteint. Doucement, tranquillement, tes doigts caressent les hanches, dévalent le ventre, un baiser au creux du cou. A demi-mots, la douceur avoue. Les courbes se retracent, se tracent. Tu pourrais les dessiner les yeux fermés. Et le cœur bat la mesure, la démesure contre son dos. « Regarde. », tu attrapes la main & trace le sillon d'une griffure, d'une blessure au niveau du cœur. « C'est de toi. ». C'est toujours toi.

Et dans l'ombre des yeux, une lueur paresse, t'agresse. Tu as un peu peur, un peu froid. Tu n'es pas vraiment roi. « Pardon, je ne sais pas dire … La voix hésite, sensible, fragile. ça. ». On ne t'a pas autorisé à le dire, à te trahir. T'exprimer est un danger.  Et en douceur la main remonte & le baiser caresse la peau. « Alors ressens-moi. ». Elle connaît les courbes de tes sentiments, de tes questionnement. Fuyante, agonisante, la bouche se perd sur la sienne. Le corps se soulève & les grimoires tombent du bureau, se vautrent sur le tapis, alors qu'elle prend place. Alors entends-moi.

Entendre les « je t'aime » sous les braises. Et dans la fournaise de tes émotions, les battements de ton cœur se calquent sur le sien, sereins, assassins.
Il n'y a qu'elle. Il n'y a jamais eu qu'elle.

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there is always another secret

I'm out on the edge and I'm screaming my name
Like a fool at the top of my lungs
Sometimes when I close my eyes I pretend I'm alright
But it's never enough
10 JUILLET 2002 ; #Aranyss 4


« J'ai cru ... » - que tu m'avais oublié, laissé. Et les mots qu'il ne dit pas s'enfoncent dans sa chair en invisibles sillons, lacèrent le coeur comme cette dent qui perce la lèvre d'une perle de sang. (il a raison, Eudoxie, parce que c'est ce que tu fais toujours, pas vrai ?) Au fond, ce n'est pas surprenant si Aramis ne lui fait pas confiance, s'il doute de ses serments, de sa constance. D'elle toute entière. C'est normal, elle n'a pas tenu le premier serment, entre tous. Pourquoi la croirait-il encore ? C'est normal, ce n'est pas le problème ... elle a juste cru que ça deviendrait moins ... douloureux. « Ne t'en veux pas. Tu avais autre chose à faire. » Sur sa langue, les mots ont un goût de cendres froides quand elle les ravale. Qu'aurait-elle à lui dire ? Un autre joli mensonge enrubanné de protestations ? Elle secoue la tête, et la coiffure devient bancale, fragile dans son déséquilibre. Un peu à son image. « Je » - devais recoller les morceaux de moi-même, tu es cruel de croire que je ne t'aime pas assez pour penser à toi. (tu ne peux pas lui reprocher les conséquences de ton propre égoïsme, Eudoxie) « Tu n'avais pas à te priver pour moi. »

(ce sont tes choix qui ont causé tout ça)
(tu es la seule fautive s'il pense comme ça)
(tu n'as pas à te plaindre, tu n'es la victime que de tes propres choix)

Tout ce qu'elle peut faire, au fond, c'est promettre. « Et je reste ... là. Si tu veux. » Encore et encore. « Je ferais gaffe, si tu fais gaffe. Tu me promets ? » Encore et toujours. « Je le promets sur la Magie. » Le serment de leur enfance lui vient naturellement aux lèvres. Elle fera attention autant qu'elle peut. A ne pas le blesser, à ne pas le mettre en danger. A rester à ses côtés jusqu'à ce que la folie l'emporte ou que la mort la fauche. Elle fera attention à ne lui offrir que de jolis souvenirs avant la fin. « Reste. » De la tête, elle esquisse un oui mais le corps est figé, crispé. La raison et l'amour bataillent, se déchirent pour une retraite en arrière, pour une fuite en avant. « Reste. » Et le compromis se trouve ici, debout à côté du lit, sans trop l'approcher pour ne pas le casser. Avec seulement ses doigts accrochés à son poignet pour lui donner un peu de chaleur, lui rappeler ce qu'est la douceur. Elle ne peut pas en demander plus.

Elle ne doit pas accepter plus. Et pourtant, c'est « là. » qu'est son centre. C'est dans ses bras qu'elle trouve son équilibre. Sans lui, qu'est-elle, sinon une ballerine vacillant au-dessus du vide ? Qu'est-elle, sinon une ruine d'esprit ravagé par les émotions ? N'est-ce pas lui, un peu, qui l'a sauvée ? « Que t'a-t-il dit d'autres ? » « Peu » Peu qu'elle se souvienne. Peu qu'elle ait entendu, perçu, déglinguée qu'elle était par les milliers d'émotions étrangères, par les réactions qui n'étaient pas les siennes mais que son cœur s'appropriait jusqu'à l'implosion. « Juste ... votre état. » Juste assez pour qu'elle se sente coupable de les avoir tous détestés dans son égoïsme coutumier. Juste assez pour qu'elle se promette de ne plus recommencer. « Je croyais que Serguei est venu te chercher. Tu peux m'expliquer ? » « Les Mangemorts qui s'occupaient de » me tenir tranquille « nous, ils en parlaient. J'ai demandé à Serguei aussi. Et j'ai lu les journaux. » Usé jusqu'à la trame à force de répétitions, le mensonge se glisse avec aisance. Dame Menteuse, Nyssandra a le doigté des gens habitués aux vérités défigurées. « Je vais bien. » Doucement, sa main fait courir les doigts d'Aramis contre sa joue et les paupières retombent sur le brun tandis qu'elle savoure le contact, cette chaleur oubliée. Il lui a tellement manqué. Elle a eu tellement froid sans lui. « Tu as bien vu que je n'avais rien. » D'un sourire maternel, de ceux qu'elle offre à Scorpius pour le rassurer, Nyssandra persiste, elle signe le crime de duplicité. Si rien ne se voit, si rien ne se sait, c'est qu'il n'y a rien, n'est-ce pas ? Tout ça, tout ce qui s'est passé devient chimère délavée. Rien qu'un mauvais rêve à oublier. « Je suis soulagé que tu ailles bien. »

Mais c'est tout le contraire. Rien ne va.
Elle va encore tout foirer avec ses aveux mal placés, ses déclarations déplacées.

Précipitamment, Nyssandra se lève, sa jupe battant contre ses jambes nues. Contre une pile de grimoires, elle manque de buter quand elle fuit vers le bureau, vers les échecs, la bichromie d'un monde aux règles bien tracées, aux limites bien définies. « Nyssandra » appelle Aramis, mais elle ne le voit pas plus qu'elle n'entend le lit grincer sous les mouvements du brun. Tremblants, les doigts se pressent sur les cases de corne et d’ébène précieux. Sur le plateau, elle sait jouer. Elle sait quand avancer, quand reculer. Quand prendre et quand donner. Sur le plateau, les échecs sont vite effacés, rapidement oubliés quand les pièces sont replacées sur leurs cases. Contrairement à la vraie vie, les erreurs ne sont pas irréversibles dans ce monde de cases. Son Roi n'y meurt jamais pour de vrai. « Lâche ce plateau. » La surprise de l'entendre si proche d'elle la bouscule et le déséquilibre fait chuter le coffret de jeu qui en vomit son éclaté de pièces sur le tapis coûteux. « Regarde-moi. » Il ne faut pas. (tu vas encore faire un faux pas, ne te retourne pas) Mais de ses doigts contre son ventre, de ses lèvres contre son cou, il la fait valser à son gré et contre son gré, Nyssandra se retrouve à le fixer, le brun chaud contre le bleu délavé. « Regarde. » Les iris tombent, s'accrochant aux doigts qui tremblent contre le tracé, qui brûlent contre la peau d'Aramis. « C'est de toi. » « Je suis désolée de toujours imposer mes caprices. » Glisse-t-elle, parce que c'est la vérité, n'est-ce pas ? De leur premier baiser, arraché dans cette chambre, jusqu'à son je t'aime ; c'est toujours elle.

« Pardon, je ne sais pas dire … ça. » « Tu n'es pas obligé, je- ce n'est pas grave. » - si tu n'as pas les mots. Mais l'ancienne vérité s'est muée en mensonge. C'est grave. Parce qu'elle ne peut plus écouter son cœur, ses émotions lui sont désormais étrangères, loin de sa portée. Et l'angoisse s'accumule dans sa gorge, l'obstrue de ses nœuds. « Alors ressens-moi. » Le tout se cimente de larmes qu'elle veut rejeter, vomir avec la vérité (elle ne peut pas, elle ne peut plus). Est-ce qu'il va la détester pour ça ? Est-ce qu'Aramis sent, tandis qu'ils s'embrassent, les désespoirs qui se pressent contre sa langue ?

Quand il la soulève, virant la logique, installant le règne des passions, ses doigts s'enfoncent dans la chair de l'épaule, et un couinement s'échappe sous la surprise. « Attends ... » La demande est fragile, portée par un murmure lorsque l'index le réduit au silence et que le front s'appuie contre le sien. Un instant, les yeux fuient vers la porte fermée, l'idée de s'échapper l'effleure. Mais est-ce que c'est si mal ? Un peu de douceur, est-ce qu'elle ne l'a pas mérité ? (tu as promis) Aramis le demande, non ? (non. il ne sait pas ce qu'il demande, il ne sait pas que tu es une meurtrière) Mais il ne l'apprendra jamais. Parce qu'elle a promis. Elle a juré de le cacher. « Montre-moi » Supplie-t-elle dans un souffle alors que sa main retrace, du creux de la paume, la courbe du cœur. (il ne va aimer qu'une image faussée de toi, qu'un souvenir de Nyssandra). Mais elle s'en fiche. Elle s'en fiche tellement si elle peut sentir son cœur qui s'affole sous la pulpe de ses doigts. (ce n'est pas toi qu'il aime) Et elle s'en moque, et ses jambes l'enlacent à la taille, le rapprochent contre elle. « Aime-moi » Demande-t-elle, guidant la main d'Aramis contre son coeur désespéré de son affection. Elle ne peut pas le perdre.

Elle ne peut pas.
Est-ce que c'est mal de s'accrocher un peu à l'amour ?
Est-ce que c'est mal de le retenir un peu à elle ?
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straight into your arms; keep me safe
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 « Je le promets sur la Magie. » , un peu voleuse, un peu tricheuse, un sourire s'arrache sur la formule enfantine, assassine. Les vieux serments se tissent, t'interdisent de ne plus la croire. Elle promet toujours, au fond. Elle t'a toujours promis. Et c'est un peu de ta faute, si elle ne peut rien tenir, te retenir. C'est toujours un peu, toi, le problème. Et il y a le besoin de la toucher, de se rassurer. Il y a le besoin, un peu fou, un peu naïf, de l'aimer. Et de la courbe de ses yeux fauves, elle trace sa présence & efface son absence. Elle dénoue les cœurs & les horreurs, ne semant qu'un peu de bonheur sur le bout de tes lèvres, sur une trêve prononcée, assumée, consommée dans l'écrin de tes draps. Et tu la happes dans l'étau de tes bras ; Tu la crois.

« Juste ... votre état. » . Silence. Les coupures se dessinent en carte des douleurs, des rancœurs sur le fil de ta peau. Elles courent encore après ta vie, après tes nuits. Imprégnées de magie noire, il y a une mer de désespoir sous ton épiderme, sous les germes de tes doigts brûlants, envoûtants. Et plus fort, aveuglément, amoureusement, tu la serres plus fort, les phalanges pianotent déjà contre les tissus. Tu aurais dû te méfier, n'écouter que les froissements, les bruissements de ton don. Et au fond, tu culpabilises de l'avoir inquiéter, de l'avoir abandonner. Tu n'as pas fait assez. Tu as renoncé. « Les Mangemorts qui s'occupaient de » , elle semble hésiter, tanguer sur le fil de ses paroles. Et tu ne vois pas ce qui la dévore, ce qui la redécore. « nous, ils en parlaient. J'ai demandé à Serguei aussi. Et j'ai lu les journaux. » . Tu as confiance, tu n'as plus de méfiances. Nyss ne te ment pas, n'est-ce pas ? Tu es important & on dit toujours la vérité à ceux qui sont importants, te répètes-tu comme un enfant. Et les gestes de Serguei éclipsent les dernières questions, les dernières hésitations. « Il ne t'a pas touché ? Ronchonnes-tu, claquant de la langue, les mots devenant assassins, souverains, déployant une frénésie jalouse qui te mords le cœur & les erreurs. Il a tripoté Gwen. Un souffle & tu vacilles. Je ne veux pas qu'il te tripote aussi. ». Une moue boudeuse fleurit sur le bord de tes yeux, teintant le bleu d'une doucereuse vengeance. Après tout, Nyss est un peu à toi, non ?

« Je vais bien. »  , et la main glisse, s'immisce sur la joue, douce & lente, tendre & puissante. Les yeux fauves se ferment, et le masque se fendille d'un sourire, de sa beauté. Tu en as toujours un peu le souffle coupé. Tu en as toujours un peu le cœur essoufflé, bousillé. Dans une infinie douceur, tu cueilles sa peau, venant embrasser les doigts fins, un peu tremblant, un peu agonisant. « Tu promets sur la Magie ? », murmures-tu, la bouche pleine d'humour & d'amour. De la pulpe de tes doigts, tu retraces sur le grain de sa peau des cercles de tendresse & de délicatesse. Dans des promesses vieilles de dizaines d'années, tu promets de l'amour pour hier & demain. « Tu as bien vu que je n'avais rien. » , un sourire un peu timide, tu dois l'agacer, l'énerver avec tes besoins d'elle, sa sécurité, sa protection & les questions qui sommeillent & s'élèvent. Et tu te trouves un peu honteux, un peu ridicule, tellement futile, inutile. Bien sûre qu'elle va bien. « Pardon, je ne voulais pas te déranger avec ça. », d'un soupir, tu t'avoues coupable, bourreau de tous les ravages, de tous les naufrages. Et tu bas en retraite, tu t'avoue vaincu & abattu.

Et déjà, tout dérape, elle s’échappe.
La jupe bat la mesure, essuyant la démesure, écrasant les usures. Et tu la suis. Tu ne veux plus jamais la laisser s'échapper, tu ne veux plus jamais l'abandonner. Elle ne t'entend pas, elle n'apprend pas. Vous n'apprendrez sûrement jamais. Tu ne veux juste pas la laisser s'en aller au son des échecs éclatés, roulant sur le tapis, s'éclipsant sous le lit. Et tu lui montres qu'elle est toujours contre ton cœur, sur tous les accords & les désaccords. Il y a sous les cicatrices, les amours défendus, vaincus, auquel tu dis toujours oui. Il y a elle sous l'épiderme. Simplement, évidement elle. « Je suis désolée de toujours imposer mes caprices. » . Un soupir explose, implose la barrière & chute dans une poignée de mots ; « C'est ce que tu ne veux pas comprendre, Nyss ; Tu ne m'imposes rien. ». Dans tes yeux, il y a l'envie de recommencer chaque baiser. Son odeur se perd encore dans tes draps, dans le creux d'un oreiller. Toute en douceur, tu choisis encore de l'aimer.

 « Tu n'es pas obligé, je- ce n'est pas grave. » , susurre-t-elle dans ce baiser un peu trop incisif, un peu trop toxique. Il fleurit à même ta peau, en overdose de mots. Prince des glaces, tu as appris que ressentir n'était que mentir, que la faiblesse n'était qu'un synonyme de ta tendresse. Dans ton royaume de solitude, il n'y a de place que pour la froideur & l’aveuglement d'un contrôle pressant, angoissant. Statue de glace, tu n'es qu'un fantasme à la mécanique usé, percé. Pantin sans fil, tu es déjà trop libre & trop fragile. Et la folie menace, s'agace. Et d'une étreinte, tu renverses, fait les jeux. Le cœur bat, s'ébranlant dans chaque veine, sous le manque de mots qui bat ton ventre, qui voudrait sortir, rugir. Et tout reste bloqué, frappant à sa porte, sans entrer, sans percer les barrières. Et l'amour reste un peu sourd, s'étendant pourtant sur le bord de tes caresses, de ta tendresse. Tu veux lui montrer que sous ses courbes dorment tes « je t'aime », que sous les nuages de rages, il y a l'âme amoureuse, frondeuse. Et tant pis, si tu joues le tout pour le tout. Et tant pis, si tu meurs d'amour.

 « Attends ... » et doucement, tes doigts se suspendent, tremblants, pesants. Est-ce qu'elle a mal ? Est-ce que tu as mal fait ? Est-ce que tu n'es pas assez ? Les secondes s'égrainent, fugitives & explosives, t'es déjà pulvérisé, déjà piégé. Et tu n'oses pas parler. Tu n'as soudain plus d'armes pour tourner, te détourner. Il n'y a plus de sorties, plus qu'un cœur battant, un peu pantelant. Les yeux suivent les siens, s'incrustant contre la porte ; Elle veut partir, te fuir. Et déjà les mains la quittent vraiment, évidemment. Qu'est-ce que t'es con.  « Montre-moi » , supplie-t-elle de sa main qui retrace les courbes de ton cœur, là où la marque demeure sous les assauts de la passion, sans une hésitation. Le souffle stoppé, tu hésites un instant, perdu dans les yeux fauves. Tu ne veux juste pas la forcer, tu ne veux pas être un de ses enfoirés. Et ses jambes t'enlacent, te crevassent. Et tout se fissure sous le besoin d'elle, tellement cruel. « Aime-moi » , et ça te suffit. Tu sens son cœur, tu ne fais pas d'erreur.

Et tu t'es juré, promis de l'aimer de travers ou pas, mal ou bien. Tu t'es promis de ne jamais avoir que de la tendresse sous les mains pour cette peau admirée, convoitée. Et tu écartes le haut, épousant fragilement, tendrement la galbe de son sein, la griffant un peu, doucement, timidement. Comme si tu n'osais pas tout à fait l'avouer tienne, comme si tu cherchais à la séduire encore une fois. Juste une fois. Et les lèvres se pressent contre les siennes, se font reines d'un baiser coupable. Tu lui montres un peu de ton âme abîmé, bousillé, éraflé. Tu lui montres l'envers du décors, te froissant sous les dorures, au rythme saccadé, bousculé de son souffle. Aime-moi, comme un cri du cœur, de la passion qui prend le pas sur la raison. Sans bleu au corps, tu retraces, recouvrant de tes paumes glacés ses hanches. Tu les tailles dans ta tendresse, dans ta lâcheté amoureuse, peureuse, faisant glisser le tissu. Et tu es toujours un peu bouleversé, ravagé par son corps dénudé alors que la jupe s'éventre sur le tapis précieux, que la lingerie s'enfuit sous ta tendresse. Et tu la conquiers dans un souffle tendre, dans une cacophonie de baisers, lui livrant une bataille vieille d'une enfance métamorphosé en jeux périlleux, illogiques & sensuels. Aime-moi, dans la rythmique fuyante, renversante des cœurs usés, pressés l'un contre l'autre. Et tu lui montres la laideur de cette jalousie capricieuse, orageuse. Tu lui montres ton univers ravagé qui ne trouve qu'un espoir en elle, que contre elle. Tu lui montres la candeur laissé là à l'abandon, la menant dans cette incapacité d'un homme qui ressent trop & d'avantage encore, qui n'arrive plus qu'à se noyer dans ses sentiments, dans ses ressentiments.

Et tu défais dans un geste pressé le pantalon, écrasant les derniers éclats de pudeur. Tu rougis un peu. Et pourtant, elle ne te voit pas. L'armure est tombée, il ne reste que l'amour sans rien autour. Et dans le capharnaüm des pièces d'échecs renversés, des grimoires usés empilés ici & là, de draps froissés, tu te glisses en elle avec précipitation, avec passion. Puisque c'est un peu vous ses deux météores qui se rencontrent & se contrent risquant la mort à chaque collision. C'est un peu vous cette tendresse sous la violence des reins qui se choquent & s'entrechoquent, sous le plaisir qui fuit sous les désirs. C'est un peu vous cet échec & mat au roi.

Un peu brouillon, les « je t'aime » s'échappent dans les veines, bousillant tout ton système. Mal habile, il n'y a jamais vraiment de vainqueurs, de perdants. Il n'y a jamais que vous. « Ne m'abandonne pas. ». Une supplique sur le bord de son oreille ; « J-J'en mourrais. ».

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there is always another secret

I'm out on the edge and I'm screaming my name
Like a fool at the top of my lungs
Sometimes when I close my eyes I pretend I'm alright
But it's never enough
10 JUILLET 2002 ; #Aranyss 4


« C'est ce que tu ne veux pas comprendre, Nyss ; Tu ne m'imposes rien.. » Si la langue se tait, le corps tout entier dit non. Parce que, dans son égoïsme, elle lui impose ses mensonges et ses erreurs. Dans son besoin d'amour, elle lui impose une femme qui n'est pas Nyssandra, elle lui impose une inconnue qui ne fait que jouer un rôle. « C'est toi qui ne comprends pas ... » Ose-t-elle à peine avouer sur le fil ténu de sa voix. Au fond de l'azur, elle lit le désir et l'envie de tout rejouer, de tout recommencer. Et ça la tue de ne pas être celle qu'il aime tellement alors qu'elle a tant besoin de lui. Ca la tue de n'être qu'une imposture.

Et pourtant, elle prend tout. Même si ce n'est pas pour elle.
L'enfant voleuse accepte tout. Même quand ce n'est pas à elle.

Des caresses qui disent je t'aime contre son corps aux baisers qui susurrent Aime-moi du bout de la langue, elle s'attribue tout ce qui appartient à cette Nyssandra à laquelle elle ressemble tant, mais jamais assez. Odieusement, elle profite des failles qu'il lui montre, des faiblesses qu'il dévoile pour se glisser contre son coeur, lui voler un peu de chaleur. Et ses doigts coulent contre la peau désirée, si brûlante comme la pulpe glacée par la solitude. « Je t'aime. » Souffle-t-elle à l'oreille, lovant des baisers dans le creux du cou. Et quand ses bras s'enroulent autour des épaules larges, ce n'est que pour mieux l'emprisonner dans une chimère d'espoirs bafoués, que pour le capturer et le garder encore un peu. Etre un peu Nyssandra, à nouveau. « Je t'aime. » Répète-t-elle, sirène trompeuse. Au bout des doigts, il y a cette fièvre empressée, comme s'il risquait de lui échapper. Sous sa paume, il y a ce besoin de le toucher, encore et encore, comme pour pallier à l'absence d'empathie. Plus fort, l'étau des jambes se resserre autour de lui au premier coup de rein. Plus fort, elle se presse contre lui quand l'amour éclate à chaque rencontre de leurs corps affamés. Et elle veut le garder, encore et encore, même si c'est le tromper, toujours. Contre son corps, elle voudrait imprimer ses courbes, effacer celles de cette Nyssandra puisqu'elle ne saura jamais embrasser son coeur en toute sincérité. Puisqu'elle ne pourra jamais la remplacer. Et comme ces femmes abandonnées, elle couine des « je t'aime » avec le désespoir pathétique des amours à sens unique, des sentiments solitaires qui crèvent dans le froid.

Quand il demande « ne m'abandonne pas », elle veut croire que c'est pour elle alors que c'est l'autre qu'il appelle.
Quand il souffle « j-j'en mourrais. », elle veut penser qu'il le ferait pour elle aussi, même si ce n'est qu'une illusion.

Alors elle promet. « Je suis là. » A la place de Nyssandra. « Je reste avec toi » Jusqu'à ce qu'il réalise la supercherie, l'odieux traîtrise. Jusqu'à ce qu'il réalise qu'elle n'est plus, qu'elle n'est pas ce qu'elle prétend. Que ses mots ne sont que chimères amères.

Et peu importent les regrets, les remords et les torts.
Peu importe la conscience qui lui hurle qu'elle se trompe en le trompant.

Quand Aramis s'effondrera de sommeil dans les draps, elle se glissera hors de ses bras, jurant de revenir, promettant qu'elle doit juste se rafraîchir. Et pendant qu'il dormira, apaisé et rassuré, elle pourra pleurer sous le jet de la douche trop chaude, jamais assez chaude pour brûler toute cette crasse qu'elle traîne dans son coeur.

Parce qu'elle préfère crever, étouffée par ses mensonges, si elle peut le faire dans ses bras plutôt que d'être loin de lui.
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