sujet; Tout s'efface [Charlie]
MessageSujet: Tout s'efface [Charlie]   Tout s'efface [Charlie] EmptyVen 7 Aoû 2015 - 19:50

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07 août 2002

Par Merlin, est-il possible d'être aussi étourdie ?
Tu as pourtant une excellente mémoire, à retenir sans cesse des informations parfaitement inutiles que tu es capable de ressortir des années plus tard. Sans parler des milliers de connaissances superflues qui te demeurent de tes années d'études intensives. Mais conserver l'intégralité du contenu de tes poches à sa place, sans en semer partout où tu passes, voilà qui semble au dessus de tes moyens ! En définitive, tu n'as pas plus de cervelle qu'un boursoufflet !

Ainsi ronchonnes-tu depuis trois jours, privée de ton miroir à double-sens. Le constat de sa disparition, au soir de ton retour de la Chaumière aux Coquillages t'a provoqué des sueurs froides. A ce jour, les miroirs demeurent l'unique moyen de communication réellement sur et qui échappe aux surveillances accrues du Ministère. En éventer le secret aurait été... catastrophique. Et jamais tu n'aurais pu assumer une telle responsabilité. Et pendant que tu tournais et retournais l'intégralité de la tente pourtant exceptionnellement rangée. Une tempête à laquelle Adele a mis fin promptement en contactant Bill depuis son propre miroir qui vous rassura aussitôt sur l'endroit où tu avais égaré le tien. Rassérénée par l'idée de n'être pas très prochainement la cause de la chute de la résistance, et après avoir refusé que quiconque se déplace pour te le rendre, tu avais entrepris de tasser le remue-ménage entamé, un sourire rêveur revenu sur tes lèvres.
Un sourire encore présent aujourd'hui.

Tu ignores s'il est possible d'être défini par un prénom mais dans le cas d'Espérance... La magie semble opérer, ô combien ! Ces trois jours t'ont vue plus sereine que tu ne l'avais été depuis longtemps. Plus optimiste. Avec ses grands yeux pâles ouverts sur le monde, la dernière née des Weasley a réussi à insuffler dans tes pensées une  bouffée d'espoir nouveau et apaisant.

En ce début de soirée brumeux, libérée de tes activités du camp, tu as décidé d'aller récupérer ton miroir. Et d'en profiter pour admirer une fois encore la petite fille. Peu désireuse de renouveler la douche froide du début de semaine, tu transplanes cette fois bien plus près de la Chaumière, que tu rejoins en quelques pas rapides, passant rapidement sous le champ de protection du sortilège de Fidelitas. De seulement penser que tu verras bientôt l'enfant, tu souris déjà. Tu souris encore tandis que tu frappes quelques coups au battant de bois.
Un sourire qui disparait tandis que s'ouvre la porte sur une haute silhouette rousse - pourrait-il en être autrement dans le repère des Weasley ? - qui n'est certes pas celle que tu t'attendais à voir.

« Oh. Charlie. Je... Je ne savais pas que tu... Enfin je... Tu... » Les mots s'emmêlent et s'échappent, prenant un malin plaisir à compléter la tableau du ridicule déjà entamé par tes joues aussitôt empourprées. « Je cherche Bill. Il est là ? »


Dernière édition par Erin McAlister le Sam 8 Aoû 2015 - 10:05, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Tout s'efface [Charlie]   Tout s'efface [Charlie] EmptySam 8 Aoû 2015 - 0:13

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C’était vraiment fou. Enfin pourquoi ça le surprendrait ? C’était l’oncle d’Espérance, il n’y avait rien d’étonnant à ce qu’on lui confie la responsabilité de sa nièce. Mais quand même, son grand frère lui faisait assez confiance pour les laisser seuls tous les deux à la chaumière aux coquillages ! Inutile de dire qu’il nageait dans le bonheur et qu’il avait quand même tenu à rassurer le couple, certainement effrayé à l’idée que Charlie puisse encore cacher des Doxy dans sa poche.

Ils sont partis et il est resté avec la petite fille. Non il n’allait pas s’en remettre. Déjà auparavant il avait fallu que Bill lui répète plusieurs fois qu’il l’avait choisi comme témoin à son mariage pour que Charlie ne réalise que oui, il allait effectivement être témoin à son mariage. Pour de vrai. Ça avait été un moment magnifique et même l’apparition des mangemorts n’avait réussi pas à altérer ce souvenir.

Espérance était belle. Le dragonnier n’y connaissait pas grand-chose en bébé, à part ses cadets et l’enfant de son amie Tonks, il s’était toujours débrouillé pour être très loin de ces petites créatures bizarres. Mais la fille de Bill et Fleur, elle était tout sauf bizarre ; elle était parfaite. « On va passer une super après-midi, rien que toi et moi ! Papa et maman sont partis, promis ils reviennent très vite… j’ai hâte de voir tes cheveux pousser pour vérifier si tu n’as pas hérité de la tignasse Weasley ! » il prit le bébé de son berceau et confortablement assis sur le canapé, il l’installa sur ses genoux. Non ça ne le dérangeait pas de parler à une fille qui ne comprenait pas un mot de ce qu’il disait. Au contraire, il allait pouvoir monologuer de tout son saoul sans qu’on ne lui rappelle qu’il était insupportable.  « Regarde ce que je t’ai apporté… » il mis un dragon en plastique dans sa minuscule main. Il pressa un peu le jouet qui se mit à couiner. « C’est ton papy qui me l’avait offert quand j'étais petit. Il adorait les trucs de moldus, et je ne comprends pas trop l’intérêt de cette figurine qui n’est pas capable d’allumer une bougie, mais fais travailler ton imagination et elle pourra faire des merveilles. De toute façon ton papa n’aurait pas été d’accord si je t’avais ramené une vraie miniature de Magyar. Il est du genre à s’inquiéter, bon pas autant que Perc… »

Un bruit familier retentit et il alla ouvrir la porte, Espérance dans les bras. Erin semblait totalement perdu et n’avait pas l’air de s’attendre à voir Charlie ici. Ils s’étaient si rarement croisés, n’avaient pas échangé une phrase en ces fugaces occasions, que l’idée de se retrouver seule avec lui ne devait pas l’enchanter. Il baissa les yeux vers la petite Poufsouffle qui balbutiait, les joues joliment colorées.

« Non il n’est pas là ! Il est partit chez tante Muriel avec Fleur et maman. Il n’y a personne. A part cette mignonne petite chose », ajouta-t-il avec une voix d’adoration pure. « Tu n’aurais pas oublié un truc, tête en l’air ? C’est que des miroirs comme ça on en trouve pas dans la boutique de Madame Guipure. »

Il avait gardé cet air malicieux. Il n’était pas doué pour faire la morale et savait que quelqu’un allait bien pouvoir s’en charger à sa place. Il détailla la rouquine en se disant qu’elle en avait traversé du chemin, la travailleuse acharnée qui rêvait de devenir Auror. Malheureusement pour elle il se peut que cette profession n’existe jamais plus. Il lui tendit le bébé, lui forçant la main pour qu’elle la prenne dans ses bras sans arrêter de parler, toujours un peu trop vite ;

« Je suis sûre que t’as envie de lui dire bonjour, en même temps qui ne voudrait pas ! Tout le monde en est complètement dingue. Elle a l’air innocente et tout, mais quand elle sera grande tu verras elle volera sur des balais et elle n’aura pas peur des dragons comme toute ces petites filles qui jouent aux philtre d’amour. Non non non, ça sera une Weasley ! Forte et courageuse. Elle a de qui tenir. Bill c’est presque un loup garou après tout ! » il se mit à rire et dit ironiquement « et pas apprivoisé. »

Il s’arrêta subitement. Il fallait qu’il se contrôle. Peut être essayait-il tout simplement de détourner l’attention de cette conversation qu’ils n’avaient fait que retarder ? Ils ne s’étaient pas adressés un mot depuis cette rupture brutale et ça n’était que maintenant qu’il revoyait ce visage familier qu’il réalisait qu’elle lui avait manqué. La franche et douce Erin.

« Tu veux peut être t’asseoir pour qu’on discute. »

Ou récupérer ton bien et détaler comme un lapin ?

Spoiler:
 


Dernière édition par Charlie Weasley le Dim 9 Aoû 2015 - 4:39, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Tout s'efface [Charlie]   Tout s'efface [Charlie] EmptySam 8 Aoû 2015 - 12:37

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Charlie.
Que tu l'admettes ou non, en le voyant s'encadrer, ton cœur a raté un battement. Tu ignores ce que tu ressens à ce jour pour le dragonnier. S'il reste en toi des sentiments plus doux que tu ne veux bien l'admettre. Plus de dix ans après votre rupture... ce serait ridicule. Il y a longtemps que tu es passée à autre chose. Mais l'émotion demeure, sa vue ne te laisse pas indifférente. Elle te renvoie instantanément des années en arrière, à ces heures écoulées à parler et étudier ensemble, étouffant vos rires pour ne pas vous attirer les foudres de Mme Pince. En le voyant, tu te souviens des après-midi passées à Pré-au-Lard, des baisers volés au détour d'un couloir entre deux heures de cours et même de Quidditch de Gryffondor auquel tu assistais sans trop traîner des pieds, sans livre pour t'occuper. Tu te souviens que tu étais heureuse. Incrédule d'avoir pu attirer l'attention de l'un des garçons les plus populaires de Poudlard. Mais heureuse.

Jusqu'à ce que tout vole en éclat un matin d'avril. Sur quelques mots durs, sur un regard fuyant, tout était brusquement terminé. Sans que tu comprennes pourquoi. Ne demeuraient que la douleur. Et les souvenirs, comme autant couteaux tournant et retournant dans la plaie ouverte de ton premier chagrin d'amour.
Vous n'en avez jamais reparlé.
Tu ne veux pas en reparler. Parce qu'au fond de toi, tu sais que tu lui en veux toujours, tu sais que la blessure n'a jamais tout à fait cicatrisé. Le revoir, voilà trois ans, avait été un choc mais prise dans la douleur insoutenable de ton deuil, tu l'avais ignoré. Et le temps a passé encore, vous plaçant face à face plus que tu ne l'aurais souhaité. Mais toujours avec suffisamment de gens autour pour que vous puissiez vous ignorer le plus courtoisement du monde. Jusqu'à aujourd'hui, puisqu'il semble que tu aies choisi le pire moment pour venir. D'autorité, il te place Espérance dans les bras, t'expliquant qu'ils sont seuls à la Chaumière. Tes bras, dans un réflexe gauche, s'adaptent à l'enfant, soutenant sa tête si fragile de bébé. Et sans bien savoir pourquoi, tu te retrouves à entrer à sa suite alors que tout ton être te crie de lui rendre la petite et de tourner les talons, qu'il sera bien temps de revenir demain pour récupérer ton miroir. Mais non, tu n'oses pas, tu ne peux pas et l'écoutes désespérément, ne plaçant qu'un timide « C'est vrai qu'elle est magnifique. » au milieu du monologue de Charlie.

Son flot de paroles pourrait te faire sourire. T'amusait, à l'époque. Il y avait un tel contraste entre son caractère volubile et ta discrétion coutumière. Il aimait de parler de tout et de rien, de sa famille, de ses passions, des animaux fantastiques qui le fascinaient. Et tu aimais l'écouter. Une différence de plus dont vous accommodiez très bien. Mais qui ne manque pas de te mettre mal à l'aise aujourd'hui, et plus encore tandis qu'il te propose de rester un peu. « Je... Je ne sais pas si c'est une bonne idée. Je venais seulement récupérer mon miroir. » En réalité, tu espérais bien passer un peu de temps avec la petite. Avec Bill. Mais tu n'avais vraiment pas prévu de te trouver en tête à tête avec son cadet... « Tu dois avoir beaucoup à faire avec Espérance, je ne veux pas te déranger et... »
Et tu n'as surtout pas la moindre envie que vous discutiez. Pas envie de remuer un passé que tu as mis si longtemps à occulter et de le laisser raviver le souvenir de l'adolescente trop timide que tu étais.
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MessageSujet: Re: Tout s'efface [Charlie]   Tout s'efface [Charlie] EmptyDim 9 Aoû 2015 - 2:25

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« Oui, vraiment belle... Je me demande à qui elle ressemble le plus... C'est ça la magie de la génétique, elle est à la fois Bill et Fleur. Puis ne dis pas de bêtise ton miroir peut bien attendre un peu. Il ne bouge pas, il est dans le tiroir là-bas, bien sagement immobile. »

Erin l’avait vraiment marqué. Charlie ne s’était jamais intéressé aux filles, ou aux garçons, ou à quoi que ce soit qui ne ressemble pas à un dragon. Quand Bill eut atteint la maturité nécessaire pour lui raconter ses premières expériences, ses premiers coups de cœur,  lui parler de relations et de passage à l’âge adulte, le cadet avait commencé à paniquer. Il fallait qu’à  son âge il fasse exactement comme lui et reproduise le schéma amoureux de son grand frère, sinon on allait le penser bizarre, anormal, détraqué. Sinon tout le monde allait remarquer qu’effectivement, quelque chose clochait chez lui. Qu’il n’était pas complet.

Sa première expérience fut comme il s’y attendait, plate et ennuyeuse.

Sa deuxième fut surprenante et inattendue. Car il s’agissait d’une petite Poufsouffle au cœur bien tendre et à la personnalité plus que discrète, une fille silencieuse qui contre toute attente avait attiré son attention, qui était là en face de lui prête à fuir une discussion qui lui était nécessaire, et qui maintenant frôlait l’urgence. Il détestait laisser une situation en suspens. Elle n’avait pas eu besoin d’être bruyante ou exubérante pour qu’il la remarque. Son visage aux traits enfantin et sa gentillesse avaient suffi.

« Mais non ! Jamais tu ne m'as dérangé. Tu ne me dérangeras jamais. Être avec toi c'est que du plaisir. »

Il la retint par le bras et lui sourit.

« Reste je t’en prie. »

Cette phrase avait fait écho. Il se souvenait de toute les fois où, pelotonnés l’un contre l’autre elle révisait tandis ce qu’il plongeait dans un état de somnolence après un dur entraînement. Tout contre elle, Charlie lui demandait parfois de lire ses cours de potions à haute voix sachant qu’il n’y avait rien de plus berçant que la voix d’Erin qui répètait les notes d’une leçon qu'il trouvait ennuyeuse. Son timbre avait toujours été apaisant, et si elle avait un peu perdu de sa timidité à ses côtés, Erin continuait de parler doucement, d'une façon bien plus reposante que lui. C’était à chaque fois celle qui partait la première, elle était d’un sérieux à toute épreuve. Ou presque. Elle ne résistait pas toujours à son ton suppliant.

« Tu sais » commença-t-il en la poussant gentiment avec le bébé vers la table du salon pour qu’elle s’installe « je regrette qu’on ne l’ai pas fait plus tôt, je prenais des nouvelles de toi mais j’aurais dû le faire directement. Après tout c’est la guerre, cette histoire est ridicule, c'est aussi de ma faute mais faut qu’on arrête, on est amis pas vrai ? »

Il avait dit tout ça d’une traite.
Ça ne se faisait pas vraiment de l’enfermer dans la même pièce que lui sans son consentement mais vu la volonté qu’avait Erin à rester à la chaumière c’était le mieux à faire. Et on touchait un point très sensible de leur relation.

De temps en temps il se demandait si on avait pu les appeler « un vrai couple ». Qu’est-ce qu’un « vrai couple » après tout ? On lui en avait fait suffisamment de descriptions pour savoir qu’il ne correspondait pas à l’idée qu’on se fait du parfait amant. Il n’avait pas des papillons dans le ventre et son rythme cardiaque ne s'emballait pas quand il la voyait, n’était pas subjugué quand elle l’embrassait, n’avait pas particulièrement envie de l’embrasser d’ailleurs et déposait plus souvent des baisers sur son front que sur ses lèvres. Elle n’occupait pas son esprit quand ils ne n'étaient pas réunis, elle lui manquait parfois mais plus que ses câlins c’était leur discussions qu’il regrettait. Sa présence lui était chère, mais pas indispensable.
Au sommet de tout ces faits, une contradiction venait s'ajouter à la liste ; il l'adorait.
Enfin, il avait dû y mettre un terme brutalement pour la protéger de tout ce qu'il apportait de mauvais.

« Je suis désolé. Je vais préparer du thé d’accord ? Essaye d’occuper un peu Espérance, et ne file pas avec j’ai bien vu que tu l’aimais énormément. Puis j’en suis responsable aujourd’hui ! Alors prend soin de ma petite nièce. Tu veux combien de sucre ? »

Je suis désolé. Comme si ces mots allaient passer inaperçu, comme si il allait réussir à noyer cette phrase dans ce flot de parole. Charlie avait toujours été un peu sauvage, hors des conventions, socialement différent. Là ça se ressentait bien parce que les explications qu’il essayait de donner n’arrivaient pas à sortir de sa bouche qui déblatérait des banalités.

« Ça se passe comment pour toi au camp ? »

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MessageSujet: Re: Tout s'efface [Charlie]   Tout s'efface [Charlie] EmptyDim 9 Aoû 2015 - 21:39

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Tu ne sais pas à qui elle ressemble le plus. Tu n'as jamais su trouver sur de si petits êtres des similitudes avec l'un ou l'autre membre de la parenté. Espérance, avec ses grands yeux clairs ouverts sur le monde, te semble unique, ni tout à fait Bill, ni tout à fait Fleur. Plus tard, les ressemblances apparaîtront certainement et d'ailleurs, tu donnerais beaucoup pour savoir si elle a hérité des cheveux blonds de sa mère ou de la tignasse rousse des Weasley. Une étrange intuition souffle en faveur de la seconde possibilité... Quelque chose te dit que le gêne roux a la vie dure et qu'il a bien l'intention d'honorer toute une nouvelle génération de Weasley. Tu souris d'imaginer une nuée de rouquins gambader dans les dunes qui entourent la chaumière, tous plus indisciplinés les uns que les autres.
C'est une jolie vision. Qui se concrétisera sans doute si la guerre se termine un jour, Espérance veillant en bonne aînée sur la couvée de ses petits cousins. Si la guerre prend fin, oui. Ce qui, pour l'heure, est loin d'être assuré.

Réagissant aux gémissement de la petite, tu la resserres contre ton sein, levant les yeux vers son oncle avec toute la mauvaise volonté du monde. Tu ne l'as jamais dérangé, hin ? Tu retiens le rire blessé qui te prend à la gorge, la réplique cinglante qui te brûles les lèvres. Le cynisme n'est pas ton fort mais à cette seconde, tu lui rétorquerais bien qu'il n'en a pas toujours été ainsi puisqu'il a ressenti le besoin de s'éloigner. Rancœur et amertume se disputent tes pensées, preuve s'il en fallait, que la blessure de son départ n'a jamais tout à fait cicatrisé. Que tu lui en veux toujours, des années plus tard.
Une seconde durant, tu es sur le point de l'envoyer balader, de lui coller sa nièce dans les bras pour tourner les talons sans plus attendre. Pour fuir les souvenirs qu'il te renvoie au visage comme autant de gifles monumentales. Mais il y a cette main sur ton bras. Il y a sa voix et ces mots qu'il murmurait si souvent quand tu cherchais à t'enfuir pour aller travailler et rédiger les divers rouleaux de parchemins exigés par vos professeurs.
Sans bien savoir comment, tu te retrouves installée dans un fauteuil, Espérance s'endormant doucement dans le creux de tes bras.

Tu en viendrais presque à te dire que ce ne sera pas si terrible, de parler un peu avec lui. Presque. S'il n'y avait pas ces mots qu'il prononce - peut-être sans y penser - et te laissent abasourdie. Tellement incrédule que tu ne penses pas tout d'abord à lui répondre, ne reprenant tes esprits qu'une fois le flot de parole interrompu par une dernière question. Tu t'es relevée sans même y penser, la voix grondant comme rarement. « PARDON ? C'est... » Tu t'interromps en sentant l'enfant réagir dans tes bras. Et la serrant plus fort contre ton coeur, tu reprends, moins fort mais le ton toujours furieux. « C'est AUSSI ta faute ? Mais c'est entièrement ta faute, Charles ! C'est toi qui a décidé de rompre, toi qui m'as bien expliqué que tu ne voyais pas d'intérêt à continuer de se voir, que tout ça t'ennuyait ! Je n'avais rien fait qui justifie que tu me tournes le dos ainsi ! Non, nous ne sommes pas « amis », loin de là ! Et c'est toi qui en a décidé ainsi. C'est entièrement et uniquement de TA faute ! » Si tu t'es efforcée de parler à voix basse, la colère ne vibre pas moins dans tes mots, dans tout ton corps tremblant.
Par Merlin, tu n'aurais jamais du entrer en sachant qu'il était seul ici ! « Je... je suis désolée. » Tu ne sais même pas pourquoi tu t'excuses. Pas pour ta colère, oh ça non. Peut-être de n'avoir pas réussi à l'esquiver, aussi simplement que tu le faisais depuis trois ans. Tu t'approches de lui, malgré ton désir poignant de partir sans un mot de plus, pour lui remettre sa nièce dans les bras. « Je reviendrai plus tard. Quand Bill sera là. » Quand tu pourras ignorer totalement son cadet et la bourrasque de souvenirs qui t'assaillent à le voir.
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