« I've been here before but always hit the floor. I've spent a lifetime running and I always get away but with you I'm feeling something that makes me want to stay. »
feat. Alan R. Ancrath
Engoncée dans ses vêtements de dame de la haute, Ginny progresse laborieusement. Elle renonce à l'idée de s'accrocher à Alan, elle sait que la sang pur dont elle a volé l'apparence ne se rabaisserait pas à ce genre de marques de faiblesses. L'ancienne rouquine, devenue brune pour l'occasion, a le soucis du détail. Afin de mettre leurs plans à exécution, Alan et elle doivent avant tout parvenir à entrer, et survivre aux premières minutes de la soirée. Se faire prendre par des connaissances méfiantes de la sorcière dont elle a copié les traits serait idiot et maladroit. Alors Ginny se redresse, pas à après pas, soulève légèrement sa robe lorsqu'elle gravit une dernière série de marches, qui l’amène dans le repère de la noblesse.
Sous leurs apparences fallacieuses, l'air hautain, les deux insurgés s'invitent à la fête donnée en cette nuit symbolique de la Toussaint. Le gratin de Londres, partisans du Lord, réunis afin de boire, débattre et se flatter. Tandis qu'elle détaille le vestibule, Alan, à ses côtés, s'indigne : «
Non mais regarde moi tout ça, c'est vraiment honteux. » Scar plisse les yeux, et son alter ego aux cheveux sombres et aux lèvres rouges se pique d'une expression maussade. Un elfe de maison se présente alors à eux, et Ginny sent son cœur se serrer, et ses poumons se comprimer. Elle n'aime pas cette situation, n'est pas à l'aise dans cette réception, alors qu'ils sont tout juste conduits dans la salle principale. Ginny s'agite légèrement, entre son corset et cet elfe sous ses yeux, respirer est de plus en plus pénible. Mais elle ne doit pas faire faux bon à Alan. Les hostilités n'ont même pas encore débutées.
Les deux intrus pénètrent dans la salle de réception. Scar jette un coup d’œil à son mentor, voit sa mâchoire se crisper. Elle pose une main réconfortante sur son bras, dans une caresse fugace, puis la retire. Ginny a conscience qu'Alan n'est pas à son aise non plus, sans doute encore moins qu'elle. Vivre dans une famille modeste l'a aidé à se faire une raison sur l'absence d'égalité des chances dans le monde qui est le leur. Elle n'accompagne pas le belliqueux depuis suffisamment longtemps pour prétendre connaître son passé, mais devine qu'il n'a jamais senti aussi cruellement le fossé social qui sépare les sorciers avant aujourd'hui. Son opposition à l'actuel gouvernement le place face à certaines vérités, qu'il lui est désormais impossible d'ignorer. Scar reporte son attention sur la salle, ne souhaitant pas mettre Alan davantage mal à l'aise en le dévisageant. «
On va mettre un peu d'animation toi et moi. Tu te souviens du plan ? » La joie de vivre ne semble pas être au rendez-vous. Ils s'apprêtent à leur offrir une soirée mémorable. Les lèvres de la sorcière s'étirent dans un rictus cynique. Elle glisse un regard entendu vers son homologue, également sous polynectar, et tire de sa manche un éventail, qu'elle ouvre d'un geste sec avant de s'en servir pour s’éventer distraitement. «
Tout est là. » Elle n'a pas besoin d'en dire plus, ni de désigner l'endroit où elle dissimule les potions. Dans une robe de sorcière aussi étriquée, il n'y a guère que le décolleté, purement artificiel, pour accueillir le moindre objet. «
Attends mon signal, et que la fête commence. » Ses lèvres se pincent légèrement, et un éclat passe dans le regard de la sorcière, avant qu'elle ne s'éloigne. Scar ne l'avouera jamais à son comparse, mais cette mission dissémine l'adrénaline dans son système. Elle ne devrait pas ressentir une telle excitation. Le sentiment le plus censé serait l'appréhension. Ginny n'est définitivement pas une insurgée censée. Le pas rendu plus léger, grisée et impatiente, la brune prend néanmoins soin de décrire un tracé indirect, sinuant parmi la foule, ne perdant pas de vue les murs, se ménageant des voies d'issues en cas de débâcle.
Elle fait battre son éventail, discrètement, au quatre coins de la salle. Une potion, puis deux, disparaissent de son décolleté pour rejoindre des points stratégiques, se nicher à proximité d'une statue, derrière un tableau, sources de distraction propres à détourner l'attention.
Ginny s'apprête à mettre en place une troisième potion, lorsqu'une forme diffuse apparaît devant elle. Avant qu'elle ne se matérialise complètement, un cri retentit à l'autre bout de la salle, attirant l'attention de la brune. S'en suit une série d'écarts, cris, et grognements. Un poltergeist se dresse désormais devant elle. La bouche ouverte, Ginny reste muette et immobile. En une fraction de seconde, l'esprit frappeur s'est emparé de la potion qu'elle tenait encore. La vie revient dans le corps de la sorcière, sans doute un peu tard. Elle s'élance en avant : «
Rend moi ça ! » Mais un homme la heurte, la regarde, hébété, tandis que sa pilosité ne cesse de gagner du terrain sur les parcelles jusque là imberbes de son visage. «
Eh merde. » La confusion prend possession de l'assemblée, les gens se heurtent, crient, s'invectivent. La plupart n'ont pas encore compris quelle était l'origine de cette soudaine agitation.
Alan. Ginny doit retrouver celui qui l'a menée ici en premier lieu. Elle ne peut pas crier son nom, malgré le désordre, ce serait trop imprudent. Elle bouscule, joue des coudes, très peu s'en formalisent, occupés par les plaisantins du moment. L'insurgée n'apprécie pas de se faire voler la vedette, et garde à l'esprit son objectif, retrouver Alan. Pourtant, elle ne peut pas s'empêcher de trouver la situation désopilante. Ce n'était pas exactement le but recherché à l'origine, mais force est de constater que l'animation est désormais au rendez-vous.